mardi 22 décembre 2015

LES AILES DU SABLE



""La légèreté, elle est partout, dans l'insolente fraîcheur des pluies d'été, sur les ailes d'un livre abandonné au bas d'un lit, dans la rumeur des cloches d'un monastère à l'heure des offices, une rumeur enfantine et vibrante, dans un prénom mille et mille fois murmuré comme on mâche un brin d'herbe, dans la fée d'une lumière au détour d'un virage sur les routes serpentines du Jura, dans la pauvreté tâtonnante des sonates de Schubert, dans la cérémonie de fermer lentement les volets le soir, dans une fine touche de bleu, bleu pâle, bleu-violet sur les paupières d'un nouveau-né, dans la douceur d'ouvrir une lettre attendue, en différant une seconde l'instant de la lire, dans le bruit des châtaignes explosant au sol et dans la maladresse d'un chien glissant sur un étang gelé, j'arrête là, la légèreté, vous voyez bien, elle est partout donnée"" (Christian Bobin - La Folle allure)







""Celui-là qui veille modestement quelques moutons sous les étoiles, s'il prend conscience de son rôle, se découvre plus qu'un serviteur. Il est une sentinelle. Et chaque sentinelle est responsable de tout l'empire"" (Antoine de Saint-Exupéry - Terre des hommes)






""Souvent, nous prenons refuge dans l'amour - ou ce que nous tenons pour l'amour. Nous aimons pour échapper à nous-mêmes, à notre propre persécution. Nous sommes nombreux à nous être condamnés à ne pas vivre tout en continuant à être vivants. Or la loi de l'âme est radicale : si je ne suis pas proche de moi, je ne le serai de personne - et personne ne pourra m'approcher"" (Christiane Singer - N'oublie pas les chevaux écumants du passé)







""La mémoire, on sait ce que c'est : ça va, ça vient, ça bat la campagne, et puis un beau jour, ça s'en va pour de bon et il n'y a plus personne"" (Blandine Le Callet - Dix rêves de pierre)







""Je chanterai maintenant la beauté de ce monde qui est notre tout fragile, passager, fluctuant, et qui est notre seul trésor pour nous autres, pauvres hommes, aveuglés par l'orgueil, condamnés à l'éphémère, emportés dans le temps et dans ce présent éternel qui finira bien, un jour ou l'autre, par s'écrouler à jamais dans le néant de Dieu et dans sa gloire cachée"" (Jean d'Ormesson - Comme un chant d'espérance)








""Quel mine de vieux souvenirs on a dans le crâne. J'ai rêvé d'un machin qui vous remettrait la mémoire à zéro, comme un compteur de bagnole. A quoi ça me sert tous ces souvenirs-là? C'est pas parce que je vais les mettre sur le papier que je ne les aurai plus, bien au contraire. Ça me fait suer de me dire que c'est là dans un coin de mon ciboulot. Je n'y pense jamais mais c'est aussi une restriction mentale. On n'oublie pas comme ça, on n'oublie rien de ce qu'on veut oublier. C'est le reste qu'on oublie"" (Boris Vian - Journal à rebrousse-poil)






""Les mots peuvent-ils avoir des ailes? Peuvent-ils scintiller dans l'air comme des papillons? Peuvent-ils nous emporter, captifs, dans un autre monde? Peuvent-ils ouvrir les ultimes chambres secrètes de nos âmes?"" (Jan Philipp Sendker - L'art d'écouter les battements de coeur)





""J'ai confectionné une dizaine d'albums photo... Ils sont l'épicentre de ma nostalgie, un écrin fragile au coeur de ma mémoire. Souvent lorsque je les ouvre, je me dis que j'aimerais savoir écrire cela, ce temps révolu dont l'image est le témoin à la fois si précis et si impuissant"" (Delphine de Vigan - D'après une histoire vraie)






""J'ai passé des années à chercher dans les yeux ce que les autres hommes ne peuvent voir. Lentement, douloureusement, j'ai découvert, en tous, les frissons infinis qui s'éternisent dans les prunelles. J'ai usé mon âme à la poursuite du mystère, et maintenant mes yeux ne sont plus les miens, ils ont ravi peu à peu tous les regards des autres yeux, ils ne sont plus aujourd'hui qu'un miroir qui réfléchit tous ces regards volés, qui s'anime seulement d'une vie multiple et agitée de sensations inconnues, et c'est là mon immortalité, car je ne mourrai pas, et mes yeux vivront car ils ne sont pas miens, parce que je les ai formés de tous les yeux avec toutes leurs larmes et tous leurs rires, et je survivrai à la dépouille de mon corps, parce que j'ai toutes les âmes dans les yeux"" (Charles Vellay - Contes au bord de la Mer - Le culte des yeux)






""Aucun livre ne peut nous sauver de notre vie. Aucune parole ne sait recueillir ces éclats qui nous reviennent et nous élancent, empêchant le soir de descendre, la paix de venir. Il n'y a pas de consolation puisque tout nous blesse et que rien ne nous fait mourir. Il n'y a que les choses devant nos yeux et la lumière sur ces choses. Il n'y a que ces araignées d'eau que je regarde filer sur la soie d'un étang, fragiles, avançant par saccades comme sous l'accès d'une pensée sans cesse interrompue, sans cesse reprise, inventant la légèreté d'une voie entre les deux éternités massives de l'air et de l'eau"" (Christian Bobin - Le Huitième Jour de la semaine)






""L'essentiel, c'est d'attendre par une nuit de grand froid la venue d'un inconnu qui entrera dans une pièce glacée et noire, allumera le feu dans la cheminée, étalera les cartes d'une mer mystérieuse perdue au milieu des neiges. L'essentiel est de croire à un miracle"" (Gabriel Osmonde - Le voyage d'une femme qui n'avait plus peur de vieillir)

Chez nous au pied des Cévennes, le soleil s'est couché à 17h08 ce mardi 22 Décembre 2015. Dans la douceur grise des entrées maritimes qui perdurent, le soleil se lèvera demain à 08h16. Une nuit de 15 heures et 8 minutes, la plus longue de l'année. Consolation, l'hiver commence immuablement avec le cycle du rallongement des jours. Six mois de lumières croissantes jusqu'en juin prochain... Bonnes fêtes à nos fidèles passagers du blog des artistes, des poètes et des voyageurs, bonne marche vers la lumière et de nouveaux printemps.

6 commentaires:

Anonyme a dit…

Comme toujours, ce que tu écris m'émeut; tes photos aussi.
Joyeuses fêtes à vous deux. Maggy

Captain Tiof a dit…

Merci Maggy, quand on voyage, on sait que tu n'es jamais loin de nous. Tu as ta place à chaque saison dans nos escapades, nos courses vers les soleils passés et à venir. Grosses bises de nous deux, et de lumineuses fêtes à vous tous.

noreña a dit…

Unas fotografias preciosas con un punto de vista distinto y original. Gracias por compartirlas y dejarnos disfrutarlas.

Mis mejores deseos de Felicidad para vosotros en estos dias de Navidad. Bs

Captain Tiof a dit…

Gracias Noreña, LES AILES DU SABLE, ALAS DE ARENA reúne algunas fotos de nuestros viajes, principalmente en España, con textos que me hablan. Muy feliz de compartirlos. Probablemente vamos a estar en Andalucía en enero y quisas cruzaremos nuestros caminos. Un abrazo, felices fiestas y hasta luego.

noreña a dit…

Gracias Captain Tiof !!
Estaré encantada si coincidiesemos

Captain Tiof a dit…

Ce sera certainement une belle rencontre.
Encore merci Noreña. Belles fêtes et à bientôt.